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Des bijoux, des parures et des joyaux

Le Beau Sancy

Le Beau Sancy

J’interrompt un instant ma revue rêveuse des bijoux de Lily Safra pour vous parler d’une pierre encore plus belle, plus mythique que tous les bijoux que je vous montre depuis un mois : en effet, le Beau Sancy est un de ces diamants historiques, un de ceux dont on connaît l’histoire à travers les siècles, et qui ont côtoyé plus de rois et de reines que de stars de cinéma ou de la finance…

Le Beau Sancy est mis en vente par Sotheby’s, le 15 mai, juste le lendemain de la vente Lily Safra. La réserve est entre deux et quatre millions de dollars, et il fera bien plus. Ce prix est justifié non seulement par le caractère de la pierre elle-même, mais aussi par son histoire, car le Beau Sancy est un diamant dont l’histoire rejoint celle de l’Europe, avec ses heurts et ses grandes heures.

Le Beau Sancy

Le Beau Sancy

D’où vient le Beau Sancy ?

Le beau sancy monté en pendantifLe Beau Sancy est vraisemblablement originaire de la région des mines de Golconde, en Inde, d’où il fut extrait avec une autre pierre d’exception, le Grand Sancy.

On dit généralement que ces pierres furent rapportées en Europe par Nicolas de Sancy, ambassadeur de France chez les Turcs, et que c’est pour cela qu’elles portent son nom. Or j’ai trouvé une biographie de Nicolas de Sancy qui me fait douter de cette légende. Et comme une de mes « bibles » (internetstones.com) n’est pas d’accord non plus, je vous transmets toutes les pièces du dossier, pour juger.

D’abord, Nicolas de Sancy lui même n’est pas allé à Constantinople, mais un de ses fils. On n’a pas les dates exactes, mais il est parti après 1601. Ca fait donc très court pour s’installer sur place, acquérir la pierre, la renvoyer à Papa, qui l’a vendu en 1604 à Henri IV. Mais ça reste possible…

L’argument de Larif Samad sur internetstones est tout autre. Il explique qu’on trouve la trace de trois pierres de très grande qualité, brutes,  achetées par Charles le Téméraire entre 1467 et 1477. Sur les trois, deux sont connues et identifiées. La troisième  ? D’abord conservée par Charles le Téméraire, on ne sait pas vraiment ce qu’elle est devenue, pas plus qu’on ne sait réellement d’où vient le Beau Sancy. Mais on sait son poids et comment elle fut taillée, et cela correspond exactement au Beau Sancy. Un peu trop de coïncidences sur deux pierres rarissimes, et donc une bonne raison de penser qu’elles n’en font qu’une.

L’importance historique du Beau Sancy

Si l’hypothèse de Larif Samad est exacte – et pour moi, elle semble parfaitement logique – le Beau Sancy devient alors le premier diamant en Europe taillé par Louis de Berquem, l’inventeur de la taille à facettes moderne ! Il fut payé 3.000 ducats pour tailler les trois diamants des Indes, et il expérimenta sur eux sa nouvelle façon de tailler, parfaitement symétrique, qui permet de magnifier les éclats de la pierre.

A la mort de Charles le Téméraire, mort sur le champs de bataille le 5 janvier 1477, devant Nancy, un certain nombre de ses joyaux, dont le Grand Sancy, disparaissent. Mis à l’abri par des amis, comme l’archevêque de Bâle, ou vendus discrètement sur les marchés d’Anvers, d’Amsterdam ou de Paris. Là certainement où Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy, les acheta, leur donnant son nom.

Le Beau Sancy vendu à Henri IV et Marie de Médicis

Marie de Médicis, par PourbusRetiré des offices publics, tombé en disgrâce à cause de la favorite du roi, Nicolas de Sancy vend ses derniers diamants. Le Beau Sancy sera vendu pour 25.000 écus à Marie de Médicis, qui a dû avoir un certain plaisir à forcer son mari à lui payer une pierre de ce coût, et à un homme qui était de fait dans son camp. (Au début, Nicolas de Harlay avait essayé de le vendre au duc de Mantoue pour 60.000 écus).

Elle porte donc le Beau Sancy à son couronnement le 13 mai 1610. Henri IV est assassiné par Ravaillac le lendemain, et Marie de Médicis prend la régence d’une main ferme, aidée par Mazarin. D’une main si ferme que plus tard, devenu roi, son fils Louis XIII l’exilera à Blois, puis une seconde fois, à Compiègne, d’où elle s’enfuit vers les Flandres, puis Amsterdam.

Bien que chaleureusement accueillie par les Princes d’Orange, elle n’est pas entretenue, et elle doit vendre presque tous ses bijoux pour survivre. Le Beau Sancy sera cédé à Frédéric-Henri d’Orange Nassau pour 80.000 florins.

Le diamant passe aux mains des Stuarts, puis des Orange-Nassau

Frédéric d’Orange met la pierre dans la corbeille de mariage de son fils Guillaume avec Marie-Henriette Stuart, la fille de Charles I° (le roi qui fut exécuté sous Cromwell). Guillaume II meurt très rapidement, quelques jours avant la naissance de son fils unique, qui lui « succède » ; cependant les méandres de la politique écartent la dynastie du trône de Hollande, et Marie-Henriette retourne en Angleterre, où elle met ses bijoux en gage (et donc le fameux Beau Sancy) pour soutenir son frère, Charles II, aux prises avec Cromwell. Il mettra plus de dix ans d’errances avant de retrouver son trône.

Mais le Beau Sancy réapparait avec Guillaume III, le fils de Marie-Henriette. Il devient roi d’Angleterre en chassant Jacques II, le fils de Charles II, donc son cousin germain…. charmante famille ! et rentré en possession du trésor de la couronne d’Angleterre, il rembourse les créanciers de sa mère, et l’offre en cadeau de mariage à sa femme.

Reproduire le geste d’Henri IV n’était peut-être pas une bonne idée. Si Guillaume III ne meurt pas assassiné, il meurt cependant assez jeune, à quarante-huit ans, des suites d’une chute de cheval, et surtout sans enfant.

Le Beau Sancy est une des pièces maîtresses de l’héritage, et comme toutes les familles, on se le dispute.

Le Beau Sancy entre dans la maison de Prusse

La Reine Elisabeth ChristineC’est finalement Frédéric III Prince Electeur de Brandebourg, et futur Frédéric I° de Prusse qui emporte le joyau, en renonçant en échange à tout le reste de la cassette. Cela fait un peu partage à la Obélix, « une part pour toi, et le gâteau pour moi », mais cela montre bien la valeur donnée à ce bijou.

Il est monté sur la couronne de Prusse, on voit maintenant sa place vide…. C’est Frédéric II qui l’enlève, pour sa femme puisse le porter. Elle le fait monter en bouquet, entouré de plus petits diamants. C’est plus tard qu’il est attaché à un collier de 22 diamants dont il forme la pièce principale.

Malgré les turbulences de l’histoire moderne, il reste dans la maison Hohenzollern jusqu’à …. aujourd’hui, 15 mai 2012. Il a été caché pendant la seconde guerre mondiale, dans une crypte d’église, et puis retrouvé après la guerre, et resté dans la maison de Prusse. Néanmois, pierre d’exception, il a été peu porté, et peu vu, surtout ces dernières années.

Et techniquement….

Le Beau Sancy est un diamant de Golconde, de ces pierres parfaites, sans aucune teinte, sans doute un diamant de type 2a. Il pèse 34,98 carats (environ sept grammes) et il est taillé en forme de poire « double rose ».

Avouez que cela fait moins rêver que son histoire rocambolesque… ce qui me frappe le plus, c’est que c’est un bijou qui a été offert à des femmes, porté par des femmes, et vendu par des femmes, un bijou qui a été une part essentielle de l’histoire de son temps, par ce qu’il a pu financer.

Les facettes du Beau sancy

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