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Des bijoux, des parures et des joyaux

Les émeraudes de la Grande-Duchesse Wladimir

Les émeraudes de la Grande-Duchesse Wladimir

Aussi titrée que bijoutée – ou l’inverse  – Marie Élisabeth Éléonore Alexandrine de Mecklembourg-Schwerin, petite-nièce du Kaiser Guillaume I°, devient par son mariage avec le Grand-Duc Wladimir Alexandrovitch de Russie la tante de Nicolas II, le dernier Tsar. A la fois extrêmement riche et particulièrement fière de sa naissance et de ses titres, elle ne me semble pas avoir été une personne particulièrement sympathique, mais ce n’est pas le sujet.

(Si vous voulez savoir pourquoi, ce blog explique très bien son comportement arriviste).

La fascination pour Cartier

C’était  une grande amatrice de bijoux, de ces bijoux du XIX° siècle qui étaient avant tout des pièces imposantes avec de très belles pierres. Sensible à l’élégance parisienne, elle y passait plusieurs mois par an, commandant de nombreux joyaux chez Cartier (tout comme, Olga Karnovich, la mère de Natalie Paley).

Elle va plus loin encore : c’est elle qui pousse Cartier à ouvrir sa boutique en 1908 à Saint Petersbourg, elle lui loue même des locaux, dans un de ses palais, sur la Neva. Elle devait en avoir assez de devoir aller à Paris passer commande ! D’autres vont au bistro du coin prendre un café, elle, elle passait chez Cartier commander un bijou…

Extrait du film publicitaire, montrant un traineau sur la Neva gelée, suivant une panthère

Voilà comment Bruno Aveillan évoque les années à Saint Pétersbourg dans l’Odyssée de Cartier

Elle se fera faire, notamment, un collier « de chien » avec six rangs de perles, reliées par deux aigles impériaux, auxquels elle n’avait pas totalement droit. A l’époque, le tsarevitch est de santé fragile, elle intrigue pour placer ses fils, pour lui succéder, « au cas où ».

La parure d’émeraudes de la Grande Duchesse

Costumée en noble russe et couverte debijoux, Marie Pavlovna en 1903

La Grande Duchesse en grande tenue

Les boucles d’oreille font partie d’une parure en émeraudes et diamants qui était unique. L’émeraude centrale du collier était tout simplement énorme, pesant plus de 100 carats ! Cette parure avait été le cadeau de mariage du Tsar, elle était sans pareille dans les cours européennes.

On voit ici la Grande Duchesse la porter, lors d’un bal costumé donné en 1903 à la cour impériale, où elle s’était habillée en épouse de boyard (noble russe) du XVII° siècle. Cela se voit mal sur la photo, mais elle a superposé une tiare (le kokoshnik, que Fabergé reprend régulièrement dans ses motifs) au dessus d’un collier avec des grosses perles en pendentifs.

Par contre, on voit parfaitement la taille proprement énorme des émeraudes sur le kokoshnik, puis des deux pendentifs sur sa robe.

Elle ne porte pas les boucles d’oreilles, car elle les avait données, l’année précédente, à sa fille, Hélène, pour son mariage avec Nicolas de Grèce.

Photo de la tsarine en costume de femme de boyard et joyaux

La Tsarine Alexandra pose dans son costume du bal de 1903.
Photo colorisée par Maria Velkoknezna

Quant au collier de perles qui entoure son cou (je n’ose pas dire le « collier de chien »), c’est sans doute celui aux aigles impériaux qu’elle avait commandé à Cartier. Encore une preuve de ses ambitions politiques, car, normalement, elle n’aurait pas dû porter ces aigles.

Par comparaison, la tsarine, costumée pour le même bal, apparait pauvrement parée… Sur cette photo, colorisée par Maria Velkoknezna, une afficionado de la famille impériale russe, on voit que la tsarine n’a pas de « grosses émeraudes », uniquement un (superbe) « gros rubis« .

Le kokoshnik est splendide, le costume aussi, mais il y a beaucoup moins de carats, c’est manifeste !

(Note hors sujet : à l’époque, le sourire n’était pas de mise, certes il fallait poser, et tout ça pesait monstrueusement lourd, mais est-ce réellement une excuse ?)

Lors de la Révolution de 1917, les boucles d’oreilles sont à l’étranger

Photo en noir et blanc montrant la princesse Olga avec tiare, boucles d'oreilles et collier

La princesse Olga, en 1955

Hélène, devenue princesse de Grèce, a suivi son mari en Grèce, où sont nées ses filles, Olga, en 1903, puis Élisabeth et enfin Marina, qui se mariera dans la famille royale d’Angleterre. Elle a bien sûr emporté ses bijoux avec celle, et les boucles en émeraudes échappent aux révolutionnaires (comme le reste des bijoux de la Grande Duchesse, mais ceci est une autre histoire).

La famille connaîtra des moments difficiles, en exil, et vendra une partie de ses bijoux pour subsister. Néanmoins, les boucles d’oreilles, d’Hélène a données à sa fille aînée Olga, ont une valeur particulière et sont conservée. On voit ici Olga, les portant, en 1955.

Sur cette autre photo, Olga et sa soeur, Marina de Kent, en grande tenue d’apparat (on les surnommait les « Fabergé Sisters »). Marina porte la parure de saphirs de la Grande Duchesse, et Olga porte les boucles d’oreilles d’émeraude.

Photo officielle d'Olga et Marina de Grèce

Olga de Yougoslavie porte les boucles d’émeraude, sa soeur Marina de Kent porte la parure de saphir

Première vente aux enchères, 2 millions cent mille francs

C’est donc un bijou chargé d’histoire et d’histoires qui arrive, enfin, pour la première fois, en salle de ventes, chez Sotheby’s, en 1987. (Olga est encore vivante, très diminuée par Alzheimer). La paire de boucles d’oreille atteint la somme record de deux millions cent mille francs.

Eh oui, en 1987, on parlait encore en francs ! C’est le prince Johannes von Thurn und Taxis qui les achète, pour en faire dont à sa femme, la princesse Gloria « TNT » qui défraie à l’époque la chronique avec ses tenues et soirées où elle porte des joyaux d’un prix incalculable avec des cheveux ébouriffés d’une façon très punk !

On voit ici Gloria, dans toute son originalité, au bal de la « Belle au Bois Dormant », avec robe précieuse de Christian Lacroix, coiffure « feu d’artifice » et les boucles d’oreilles, portées avec un collier d’émeraudes et de rubis. C’était à Paris, en 1987, justement. Gloria devait être ravie de sortir ses nouvelles pierres !

(Malgré son air déjanté, Gloria TNT avait une ascendance royale, les émeraudes devaient se sentir bien accrochées à ses oreilles !)

1992, la vente Thurn und Taxis

En 1990, le prince décède. Une grande partie de la fortune, estimée à deux milliards, est industrielle, bloquée dans des sociétés, il y a beaucoup de dettes. Pour faire face aux droits de succession, Gloria von Thurn un Taxis doit vendre une partie de ses bijoux.

La vente, réalisée par Sotheby’s le 17 novembre 1992, à Genève, bat tous les records ! Avec un total de plus de vingt-deux millions de marks, elle permet de payer tous les droits de succession. Le musée du Louvre en profite pour récupérer la tiare de l’impératrice Eugénie, pour la modique somme de neuf cent trente cinq mille marks.

Et les boucles d’oreilles sont vendues, elles aussi, mais elles sont nettement moins intéressantes pour la presse que la tiare ou une des tabatières impériales. A l’époque, elles ne sont pas mentionnées dans les résultats de la vente. Achetées par un collectionneur anonyme, elles disparaissent jusqu’à la fin 2014.

Retour chez Sotheby’s en décembre 2014

En tout cas, ce collectionneur anonyme, qualifié par Sotheby’s de « collectionneur privé distingué » a fait une excellent affaire.

Estimée entre six cent et huit cent mille dollars, la paire de boucle d’oreille a finalement été vendue un million et cinquante cinq mille dollars. A un autre « distingué collectionneur » anonyme.

La paire de boucles d'oreille émeraudes et diamant de la Grande Duchesse

La paire de boucles d’oreille émeraudes et diamant de la Grande Duchesse

 

Ces bijoux sont rarement portés dans des occasions publiques, qui sait quand elles réapparaîtront, sur le papier glacé d’un magazine people ou d’un catalogue de vente ?

Fiche technique :

  • émeraudes de Colombie
  • amélioration de la clarté, légère à modérée
  • taille des pendants : 19,3 x 12,3 x 12,5 mm et 18,5 x 12,2 x 12.5 mm
  • taille des cabochons : 12,7 x 12,8 x 8 mm et 12,5 x 12,8 x 7,8 mm
  • bordures de diamants rajoutées ultérieurement, pour un poids total d’environ 17,5 carats
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