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Des bijoux, des parures et des joyaux

Fabergé, le joaillier des Tsars

Fabergé, le joaillier des Tsars

C’est Google qui m’a fait une page d’accueil rien que pour moi hier, avec son « doodle » qui célèbre le 166° anniversaire de Nicolas Fabergé, le joaillier des Tsars et des nobles russes. Et là, je me dis qu’il n’y a pas moyen de faire autrement, je voulais depuis longtemps commencer une rubrique « joailliers » sur le site, je dois me lancer !

Et c’est une très bonne occasion, d’autant plus que la « légende familiale » raconte que mon arrière-grand-père aurait travaillé dans les ateliers de Fabergé. A chaque fois que je vois un de ses oeufs, je me dis « si ça se trouve, une pierre a été fixée par mon ancêtre ». Une façon peu coûteuse de s’approprier ce genre de bijoux, non ?

oeuf Renaissance de Fabergé

oeuf Renaissance de Fabergé

Carl Fabergé est l’héritier d’une famille de joaillers protestants

D’abord il faut savoir que, lorsqu’on parle de Fabergé, on parle autant d’une famille que d’un homme, le plus connu des Fabergé, Carl Peter, ou Pierre Karl, ou Karl Gustavovich, selon qu’on utilise l’une ou l’autre des langues employées à la cour de Russie à l’époque. Et que l’histoire de la Maison Fabergé est aussi passionnante, sinon plus, que celle de son plus illustre membre ! (Eh oui, j’ai de quoi vous remplir quelques pages là dessus si cela vous intéresse).

Mais commençons par le commencement, c’est à dire la naissance le 30 mai 1846 à Saint-Pétersbourg du petit Pierre-Karl Fabergé. Son nom sonne français, c’est normal car ses ancêtres sont des protestants français qui ont émigré après la révocation de l’Edit de Nantes. La géographie religieuse de l’Europe de l’époque les a poussé vers le nord-est, et après quelques détours, ils arrivent dans les pays baltes, vers 1800, puis la capitale impériale, Saint-Pétersbourg, vers 1830.

Sceau en Lapis Lazuli

Sceau en Lapis Lazuli

A l’époque, les pays baltes étaient une étrange région. Plutôt germanique de coeur et de culture, elle était néanmoins russe. Son rivage sur une mer facilement navigable et accessible avait attiré depuis longtemps les marchands, les fameuses « Têtes Noires » de la Ligue Hanséatique, qui faisaient fortune avec le commerce des épices, des étoffes et des pierres précieuses. Et avec les commerçants venaient les artisans, qui savaient tirer profit des marchandises rapportées des pays lointains.

Le tour d’Europe

Gustave Fabergé a ainsi épousé une jeune danoise, Charlotte, ce qui explique le double prénom de son fils : un prénom français et un prénom danois. Effectivement, ce n’est pas « Pierre Charles », mais bien « Pierre Karl ». En 1842, son père ouvre sa joaillerie. Mais en 1860, il la laisse en gérance pour repartir à Dresde, la Florence du Nord, où Pierre Karl fera ses études, avant de partir faire un grand tour d’Europe, à partir de 1864, comme c’était de tradition pour les jeunes gens de l’aristocratie et de la bourgeoisie fortunée.

Le tour de Karl Fabergé s’apparente plus à un voyage de compagnon, puisque, au lieu de se contenter de visiter musées et ruines antiques en remplissant son carnet de croquis, il rencontre de nombreux orfèvres, et se forme auprès d’eux.

Il faut noter que c’est seulement en 1862 que son frère Agathon est né. Seize ans séparent les deux hommes, qui pourtant travailleront de concert, et dont l’union sera un des facteurs de succès.

Le tout premier oeuf de Fabergé

Le tout premier oeuf

Le retour en Russie

En 1870, c’est la fin de ses pérégrinations. Il revient au bercail russe, s’établit, se marie en 1872 avec Augusta Jacobs. Ensemble, ils auront quatre fils, Eugène (1874), Agathon (1876) qui porte le même nom que son oncle, Alexandre (1877) et Nicolas (1884).

Dès lors, Pierre-Karl s’investit dans la société familiale. Bien qu’il soit « fils de », il continue son apprentissage, sous la houlette d’un certain Hiskias Pendin, qui, pendant dix ans, lui transmettra tout son savoir.

Karl Fabergé est un élève doué. A tel point que lorsqu’il se présente à la confrérie en 1882 pour recevoir le titre de Maître Joaillier, il est immédiatement intronisé, sans même passer par le délai réglementaire de trois jours de réflexions et de discussions.

1882 et les premiers succès

C’est que 1882 est l’année de tous les succès. Alors que la Maison Fabergé était impliquée depuis de nombreuses années dans la restauration des pièces de l’Ermitage, ce qui était déjà une marque de confiance, Karl et son jeune frère Agathon se lancent dans la production d’objet décoratifs, en plus des bijoux traditionnels que produisait la boutique.

Et lors de l’exposition pan-russe, ces créations remportent un très grand succès, et surtout, font remarquer les deux frères par Alexandre III, qui leur passera une première commande, de boutons de manchettes. En effet, profitant de leur travail au musée de l’Ermitage, les deux frères exposent une reproduction d’un bracelet antique, reproduction tellement fidèle que le Tsar ne pouvait la distinguer de l’original ; il décida donc que c’était aussi une pièce de musée, à exposer à l’Ermitage.

Boite décorative de Fabergé

Boite décorative de Fabergé

Quelle consécration pour un joaillier !

Deux ans après, Karl Fabergé devient fournisseur de la Cour Impériale, titre qu’il conservera jusqu’à la révolution de 1917.

Les Oeufs de Fabergé

Il est particulièrement connu pour les Oeufs qu’il réalise à cette époque. La coutume voulait qu’on offre des oeufs pour Pâques, en signe de prospérité, pour porter bonheur. Simplement, au lieu d’oeufs en chocolat, Fabergé crée des oeufs précieux, or, diamants, pierres… et non content de faire des oeufs splendides, il y cache des « surprises », tout aussi précieuses.

Chaque année, le Tsar lui commandera un oeuf à offrir à la Tsarine. La maison Fabergé produit aussi de nombreux oeufs moins précieux, et surtout moins gros, qui sont achetés par des clients moins fortunés.

Oeuf au carosse

L’oeuf au carrosse

 

L’expansion de Fabergé dans le monde

Le joaillier connait un succès grandissant. Il devient fournisseur officiel des cours d’Angleterre, de Suède, de Norvège, et même de Thaïlande. La boutique originelle de Saint Petersbourg est complétée par trois autres magasins en Russie, à Moscou, à Kiev et à Odessa, sur les rives de la Mer Noire. Et surtout la maison ouvre une troisième boutique, la seule qui se trouve à l’étranger, à Londres.

En 1895, son frère et partenaire Agathon meurt, à l’âge de trente-trois ans. Malgré le crève coeur, Pierre Karl Fabergé continue à développer sa maison.

En 1900, il participe à l’Exposition Universelle de Paris. Bien qu’il soit « hors concours » (car membre du jury), il reçoit une médaille d’or, et surtout, il est fait Chevalier de la Légion d’Honneur.

La Révolution Russe et l’exil

Mais arrive la grande tourmente de la Révolution de 1917… l’atelier est transformé en coopérative, les ouvriers en prennent la direction. En 1918, le stock est confisqué, et l’entreprise nationalisée. Carl Fabergé a la chance d’arriver à quitter la Russie en 1918, en empruntant le dernier train diplomatique, qui partait pour Riga, dans les pays Baltes. Pourchassé par la révolution (les pays Baltes seront le théâtre d’affrontements entre russes blancs et russes rouges jusqu’au début des années 20), il part pour l’Allemagne. Il y est rejoint par son fils ainé, Eugène, qui n’avait pas eu la chance de partir en train. Il avait dû voyager de nuit, en traîneau, en se cachant, avec sa mère. Réunis, les Fabergé partent rejoindre les autres membres de la famille, qui s’étaient réfugiés à Lausanne.

Oeuf au muguet

L’oeuf au muguet

 

Il y mourra deux ans plus tard, le 24 septembre 1920, âgé de soixante quatorze ans, le coeur brisé par la révolution. Cinq ans plus tard, sa veuve décède à son tour, mais à Cannes.

Il a laissé le souvenir d’un homme à la fois brillant, plein d’humour et peu sensible aux honneurs. Artisan de haut-vol, exigeant avec lui-même et avec les autres, il pouvait être particulièrement dur pour ceux qui travaillaient avec lui quand ils faisaient des fautes, mais il ne s’épargnait pas lui même.

Il a su transformer la petite bijouterie de ses parents en une entreprise florissante, qui a employé jusqu’à 500 personnes, et dont les créations se vendaient dans le monde entier. Avec son frère Agathon, il a créé des pièces exceptionnelles, dans des styles variés, du plus classique au plus moderne. Il s’est entouré des meilleurs orfèvres de son temps, qu’il faisait venir de partout.

Doodle de Google pour Fabergé

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