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Des bijoux, des parures et des joyaux

Fulco di Verdura : l’attrait de l’Amérique

Fulco di Verdura : l’attrait de l’Amérique

Les années nomades de Fulco di Verdura ont germé en Italie et commencent quand il part à Paris, pour être peintre. Il quitte alors définitivement son pays natal, où il ne retournera jamais autrement qu’en vacances. Même à la fin de sa vie, quand il prend sa retraite, il partira s’installer à Londres.

Il commence par Paris. Sa bohème sera dorée et il prospère dans ce Paris des Années Folles. Il est renommé comme joailler, comme créateur aussi, et comme mondain. Il est invité à de nombreux bals, rencontre des artistes et affine son art.

Coco Chanel et le séjour à Paris

Tout commence avec Coco Chanel, qu’il a rencontrée rencontrée en Italie chez Cole et Linda Porter, il la retrouve à Paris. Il va commencer à travailler pour elle en dessinant des motifs pour des tissus. Ces deux là s’apprécient beaucoup, ils ont la même élégance, le même charme mondain et le même goût.

Souvent, ses admirateurs offraient à Chanel des bijoux, dont elle appréciait autant l’esthétique bourgeoise et pompeuse que celles des robes d’avant-guerre avec leur corset !

Mais les pierres étaient très belles…. bientôt, Fulco di Verdura lui propose de re-créer des bijoux modernes, plus en accord avec son style. Du « faux toc » en quelque sorte, des bijoux qui ne se prennent pas au sérieux tout en étant fait avec de vraies pierres précieuses.

Les premiers d’entre eux seront des manchettes ornées de croix de Malte extrêmement colorées, que Chanel portera très régulièrement, comme sur cette photo :

Photo noir et blanc de Coco Chanel

Chanel chez elle, portant ses bracelets manchette à la Croix de Malte

Fulco di Verdura devient son designer, responsable de la création de toutes ses collections de bijoux, celles vendues en boutique comme des pièces réalisées sur commande, pour elle ou d’autres clients privés. La version boutique était en vraie fantaisie de luxe, avec de fausses pierres, contrairement à celles que portaient Coco Chanel. Plus tard, Fulco dessinera d’autres manchettes qui seront ornées de vraies pierres précieuses.

Il y aura plus de soixante-dix en tout.

Les amis parisiens

Chanel déguisée en veuve et Verdura déguisé en militaire

En Juin 1934, Fulco di Verdura et Chanel assistent au Bal des Valses

A Paris, Fulco di Verdura lie des amitiés qui resteront toute sa vie. C’est une chose qui m’a frappée : on ne trouve pas de ragots sur ses ennemis, et ses amis apparaissant tout au long de son histoire. En plus d’être artiste, je pense que cet homme était quelqu’un de positif et de fidèle.

Le Paris de l’entre-deux guerres est un milieu cosmopolite, il attire des artistes de tous les pays, mais aussi de nombreux russes blancs, réfugiés, dont un certain nombre ont pu sauver suffisamment de fortune pour être plus que des chauffeurs de taxis. Aussi, à côté de Salvador Dali, qu’il retrouvera à New-York, deux de ses meilleurs amis parisiens, avec qui il partira aux États-Unis, sont en réalité des aristocrates russes. D’autres, comme les princes Youssoupov, tiennent des maisons de couture et habillent avec un goût « très parisien » les élégantes.

Nicolas de Gunzburg

Photo d'époque de Nicholas de Gunzburg

Nicholas de Gunzburg, élégant en costume sombre

Il est lui aussi un personnage de roman, avec des origines et une vie aussi romanesques que celles de Fulco di Verdura.

Né en 1905, sept ans après Fulco, il est le descendant d’une famille de riches banquiers baltes et russes, anoblis par le Grand Duc de Hesse puis par le Tsar Alexandre II, (ils ont très certainement été les clients de Fabergé). Les Gunzburg passent la plus grande partie de leur temps à Paris et en Angleterre, ce qui leur permet d’échapper aux conséquences de la Révolution d’Octobre.

Nicky va commencer sa carrière non pas comme banquier ou pétrolier (les deux sources de la fortune familiale), mais comme acteur (il tourne en 1932 avec Dreyer le film Vampire) et comme décorateur, il donne de somptueux bals costumés.

La Ritz Tower à l'angle de Park Avenue

La « Ritz Tower », 465 Park Avenue, New-York.
Photo sous licence CC par Tom Bastin

Tout comme Verdura, il découvre, à la mort de son père, qu’il n’a plus de fortune. Tout comme Fulco, il achète un billet pour les États-Unis et dépense le reste de son argent dans un ultime bal costumé qu’il donne avec le Prince de Faucigny-Lucinge, « Le Bal des Valses« , sur le thème de Schoebrunn et la Vienne de 1860. Il y apparait comme le Prince Rodolphe, Carlos de Beistegui se costume en Louis II de Bavière. Fulco di Verdura est déguisé en militaire, il accompagne Coco Chanel, on y croise aussi, bien sûr, Natalie Paley

En même temps que Verdura, il part à New-York en 1934 et loue un appartement dans la tour du Ritz qui venait juste d’être construite, et qui est, encore aujourd’hui, un des immeubles les plus luxueux de Manhattan.

Il commence à travailler comme rédacteur pour le Harper’s Bazaar, où il rencontre Diana Vreeland, une amie de Coco Chanel et Suzanne Belperron, et rédacteur en chef de Town and Country, pour devenir finalement en 1949 le « senior rédacteur mode » de Vogue, y suivant Diana Vreeland .

Connu pour ses goûts minimalistes, habillé toujours de noir, gris et blanc, il apparait dans la liste des hommes les mieux habillés au monde de Vanity Fair en 1971.

Il joue un rôle équivalent à celui d’Anna Wintertour et lancera de nombreux couturiers, dont les plus célèbres sont Oscar de la Renta et Calvin Klein.

Il restera toute sa vie ami avec Fulco di Verdura, fréquentant les mêmes cercles que lui et lui ouvrant de nombreuses portes.

Photo d'une soirée New-Yorkaise

Sur Park Avenue, chez le producteur de théâtre Gilbert Miller, au fond Fulco di Verdura et Nicolas Gunzburg se préparent à accueillir 1953. Parmi les invités, Cole Porter, Elsa Maxwell et Diana Vreeland !

Natalie Paley

Comme Nicky de Gunzburg, Natalie Paley est russe, comme Fulco di Verdura, elle est de haute noblesse, puisqu’elle est une cousine germaine de Nicolas I°, le dernier tsar.

Photo de Natalia Paley portant une robe de soirée

Natalia Paley, mannequin des Années Folles. On dirait presque un tableau de Tamara de Lempicka

Elle est née à Paris, où son père s’était installé après son mariage avec une femme d’officier divorcée, Olga Karnovich, qui lui vaut la colère du tsar. Dans leur maison de Boulogne, le couple élève loin des contraintes de la cour leurs trois enfants, Vladimir, Irina et Natalia, la petite dernière.

Malheureusement pour eux, le tsar leur pardonne. Ils se voient accorder le titre de Paley, et rentrent en Russie en 1912. En 1918, Vladimir sera assassiné par les bolchéviques à Yekaterinenbourg, le lendemain de l’assassinat du tsar. Le Grand Duc Paul, son père, trouvera la mort en 1919. Entre temps Natalie et sa soeur s’enfuient en Finlande, où leur mère les rejoindra, puis en Suède et enfin à Paris. Au cours de cette fuite, Natalie a été violée, alors qu’elle n’est qu’une toute jeune adolescente, à peine sortie de l’enfance.

Grâce aux possessions que la famille avait en France, en particulier leur maison de Boulogne, les Paley peuvent vivre dans la bonne société, et Natalie est envoyée dans un pensionnat suisse. La jeune fille, traumatisée par l’expérience de la révolution, s’y sent différente, isolée, inapte à se fondre dans la masse des pensionnaires privilégiées, quand elle se souvient d’avoir apporté du pain à son père emprisonné, des massacres bolchéviques…

Natalie Paley, cheveux blonds coupés courts et grande collerette

Natalie Paley portant une création de Lucien Lelong

Elle est belle, fine, élégante, aristocratique… Elle a retrouvé à Paris sa demi-sœur, née du premier mariage de son père. La Grande Duchesse Maria ouvrira brièvement un atelier de broderies russes traditionnelles, Ktimir, qui fournira la maison Chanel. A vingt-et-un ans, elle commence à travailler pour le couturier Lucien Lelong, qui deviendra son premier mari. Elle commence aussi une carrière de mannequin, se fait photographier par les plus grands de l’époque, de George Hoyningen-Huene à Cecil Beaton en passant par Horst P. Horst.

Après une liaison avec Serge Lifar, puis Cocteau, elle commence sa carrière d’actrice, tournant avec Marcel L’Herbier et des gloires aujourd’hui oubliées, comme Pierre-Richard Willm ou Charles Boyer.

Lors de son voyage aux États-Unis avec Verdura, elle rencontre Georges Cukor et tourne dans un navet « retentissant » Sylvia Scarlett, qui lui permettra néanmoins de rencontrer Katharine Hepburn, qui deviendra une se ses meilleures amies, tout comme Greta Garbo.

Portrait de Greta Garbo

Grate Garbo portant le bracelet Curb de Fulco di Verdura

En 1937, elle s’installe définitivement à New-York, épousant John Chapmann, un producteur de théâtre sur Broadway. Elle devient un des ornements de la riche société New-yorkaise. Elle travaille un peu, comme « Relations Publiques » de la maison de couture Mainbocher.

Dans la Cafe Society (l’ancêtre de la jet Set), elle croise souvent une certaine Babe Paley, avec laquelle beaucoup de blogueurs la confondent. En réalité, Babe est la plus jeune des trois sœurs Cushing, qui épouse un émigré lituanien, Samuel Paley. Simplement une homonymie mais aucun lien de famille entre deux femmes qui, par contre, ont toutes les deux été très belles, très élégantes, très riches et très photographiées !

Les amis américains

Pour comprendre la vie de Fulco, sa façon de travailler et son cercle de connaissances célèbres qui furent souvent des amis et des clients, il faut aussi savoir qui étaient ces amis qui lui ont permis de se retrouver installé, un jour, à côté de Central Park.

Les premiers de ses amis américains, il les rencontre en Europe, en Italie, même à l’époque où il est encore à Palerme, villégiature à la mode après la première guerre.

Cole et Linda Porter

Cole Porter est un personnage haut en couleurs, avec une vie qui commence de façon aventureuse et qui se termine sous les feux de la rampe, à Broadway et Hollywood.

Paire de boutons de manchettes "Night and Day"

Les boutons de manchette « Night and Day » faits pour Cole Porter

Cet américain, né dans une très riche famille de l’Indiana, montre très jeune ses talents musicaux. Étudiant à Yale, il se plonge dans la vie nocturne new-yorkaise, écrit des chansons et compose. En 1915 il publie sa première chanson, Esmeralda, qui connait un vrai succès sur Broadway.

Linda et Cole Porter en tenue de soirée

Cole Porter avec Nathalie Paley devenue Mrs.Wilson, dans les années 50

En 1917, il part sur le théâtre des opérations en Europe. Engagé dans la Légion Étrangère, il passe en Afrique du Nord avant de retourner à Paris où il rencontre sa femme, Linda, elle aussi une riche américaine, qu’il épouse en 1919.

Le couple va vivre fastueusement, entre leur villa de la rue Monsieur et les palais qu’ils louaient à Venise, comme la Ca Rezzonico. C’est en Italie, lors de leur voyage de noces à Venise, qu’ils rencontrent Fulco di Verdura et que se noue une amitié qui durera toute une vie.

Cole Porter démarre une carrière comme musicien et parolier, d’abord à Broadway, puis à Hollywood. Ses oeuvres seront chantées par Ella Fitzgerald, Franck Sinatra, Judy Garland…

En 1939, il aidera Verdura à ouvrir sa boutique, dont il sera un des fidèles clients toute sa vie. « Socialite » comme on dit, membre de la bonne société autant par sa fortune familiale que par ses succès musicaux, Cole Porter sera pour Fulco une des clés de Hollywood et New-York.

Diana Vreeland

Les mains de Diana Vreeland, alors qu'elle porte les manchettes de Verdura

Les mains de Diana Vreeland, alors qu’elle porte ses manchettes de Verdura

Cette anglo-américaine, née à Paris, a été élevée à New-York, où sa famille déménage au moment de la seconde guerre mondiale. Femme de goût, d’une grande intelligence, elle sera pendant des années l’un des plus importants arbitres de la mode, d’abord éditrice de mode au Harper’s Bazaar, puis rédactrice en chef de Vogue pendant dix ans. Découvreuse de talents, femme de banquier et mère d’ambassadeur, alliée aux Astor, elle fréquente la jet-set, voyage entre les Etats-Unis, la France, l’Angleterre, mais, selon ses propres termes, préférait danser avec les gigolos argentins.

Manchettes byzantines de Diana Vreeland

Une des paires de manchettes que possédait Diana Vreeland

Est-ce par Coco Chanel, qu’elle rencontre à Paris en 1926 avec Suzanne Belperron, ou par Cole Porter, rencontré en Angleterre, qu’elle découvre Verdura ? Peu importe. Elle adore les création du jeune duc italien et leur fera une large part dans ses magasines. Surtout, c’est elle qui lui présente Paul Flato, au moment où il ouvre une boutique à Hollywood.

Vincent Astor

Portrait de Vincent Astor

Vincent Astor, jeune

Vincent Astor est l’héritier d’une des plus grande fortunes américaines, héritier précoce, puisque ses parents meurent lors du naufrage du Titanic lorsqu’il a 21 ans.

Il est le premier des Astor à se préoccuper de social, se séparant, par exemple des taudis exploités par sa famille pour diversifier ses investissements dans des entreprises plus « avouables ». Il est une étrange personnalité, à la tête de la branche américaine d’une des familles les plus riches qui soient, avec un caractère qui mélange l’ours misanthrope vis-à-vis de ses pairs, l’enfant gâté et le philanthrope généreux. C’est aussi un investisseur avisé. En 1939, il est en train de divorcer de sa première femme, pour épouser l’année d’après la deuxième des soeurs Cushing, dont il divorcera bientôt.

« Madame Astor », qu’elle s’appelle Helen Huntington, Mary Benedict Cushing ou Babe Russell, est bien entendue parée de bijoux splendides. Peut-être est-ce la raison pour laquelle Vincent Astor investira dans la création de la marque Verdura ?

Les soeurs Cushing

Les trois filles d’Harvey Cushing, un brillant neuro-chirurgien et un des premiers à opérer le cerveau, étaient un peu l’équivalent des soeurs Olsen d’aujourd’hui. Verdura les fréquenta toutes les trois, et, toutes les trois, elles portèrent ses bijoux.

Les trois soeurs Cushing en tenue de soirée

Les trois soeurs Cushing

Mary Benedict, l’ainée, est donc la femme de Vincent Astor. On la voit ici déjeunant avec Fulco di Verdura dans un restaurant chic.

Déjeuner mondain

Mary Benedict Astor-Cushing et Fulco di Verdura

Betsey, quant à elle, épouse James Roosevelt, le fils aîné du président Franklin Delano Roosevelt. Celui-ci travaille avec son père, à la Maison Blanche, et l’on y voit souvent Betsey y donner des réceptions, représentant sa belle-mère, Eleanor Roosevelt, quand celle-ci est absente. Ils divorcent en 1940, et, en 1942, elle se remarie avec John Whitney. En 1957, elle le suit en Angleterre, où il est nommé ambassadeur. Ils deviennent suffisamment proches de la reine d’Angleterre et de son époux pour que ceux-ci, rompant avec le protocole, les appellent par leurs prénoms !

C’est lors de sa présentation à la reine, en 1957, qu’elle porte la fameuse tiare « Plumes », dont la maison Verdura a repris le dessin pour l’adapter en bracelet et boucles d’oreilles.

Trois pièces fameuses de la maison Verdura

La Tiare « Feathers » créée par Verdura, et le bracelet et les boucles d’oreilles

Babe Paley

Barbara, dite « Babe », enfin, la troisième des sœurs, épousera William Paley, le fondateur du réseau de radios et télévisions CBS. En 1938, elle travaille pour le magazine Vogue, comme rédactrice de mode.

Elle a un goût très sûr et, pendant des années, elle aura une très grande influence.

Broche Verdura doble Blackamoor

La broche « double Blackamoor » appartenait à Babe Paley

Elle était parfaitement capable de mélanger des vêtements bon marché avec les bijoux les plus magnifiques de Fulco di Verdura ou de Jean Schlumberger, le créateur de Tiffany, qu’elle adorait tous deux. Il suffisait qu’on voit une photo d’elle avec un foulard pour que celui-ci soit en rupture de stock… Elle profitait de sa fortune pour acheter des collections entières, chez Givenchy ou Valentino, mais elle avait une telle présence et un tel sens de l’harmonie que l’on disait

Vous n’étiez jamais conscient de ce qu’elle portait : vous remarquiez Babe et rien d’autre.

Broche or et perle baroque

Broche dessinée par Verdura pour Babe Paley

Elle faisait partie des « cygnes » de Truman Capote, ce cercle intime de belles femmes riches, qui comprenait aussi Lee Radziwill, Gloria Guinness et  Marella Agnelli, avec lequel elle prendra ses distances quand Capote publie sa vision de son couple avec William Paley (La Côte Basque, 1965). D’elle, Truman Capote aura déclaré :

Babe Paley n’avait qu’un défaut : celui d’être parfaite. En dehors de cela, elle était parfaite

En 1941, le Time la désigne comme une des femmes les mieux habillées au monde, juste derrière la Duchesse de Windsor, et recommencera en 1945 et 1946.

Broche chaton diamant et perle avec collier émeraudes

Broche chaton avec des brillants et une perle, faite pour Babe Paley

Babe Paley était une femme superbe. Son mariage avec William Paley était à la fois une alliance (il lui apportait sa fortune considérable, elle faisait entrer le fils d’immigré juifs lituaniens dans la haute société américaine) et un mariage d’amour qui survécu à la fois aux infidélités et à la pression des médias, pour lesquels elle devait toujours être une icône de la mode.

Elle a tissé avec Verdura une véritable amitié, qui durera toute leur vie. Si Fulco di Verdura a paré la plupart des « cygnes » de Capote, il n’aura avec aucune autre, même avec Marella Agnelli, l’aristocrate italienne, la relation qu’il a eu avec Babe Paley. Avec elle, il voyage, quand Sam Paley la délaisse et, contrairement à Truman Capote, emportera ses secrets sans les trahir.

Amitié qui se traduira en bijoux : Babe est celle qui aura le plus de bijoux de Verdura. Des pièces dessinées avec tact et tendresse, comme la broche cygne, ou le petit chaton jouant avec une perle, ou des bijoux iconiques, comme les bracelets de perles blanches et noires. Babe Paley, manifestement, aimait les perles plus que les autres gemmes, et Fulco savait lui faire plaisir !

La traversée Le Havre – New York

Il ne se passe pas grand-chose en ce mois d’août 1934, pas grand-chose, sauf la mort du chancelier Hindenburg, en Allemagne, qui ouvre la voie « impériale » à Adolf Hitler, la première rencontre entre Mussolini et le Führer, et un bruit de bottes qui va s’amplifiant. Les diplomates et les politiques commencent à parler ouvertement de guerre et des moyens de l’éviter.

Illustration d'époque

L’Ile de France, fleuron de la Compagnie Générale Transatlantique

Au milieu de ce pas grand-chose, un événement déterminant pour Fulco di Verdura : le 10 août 1934, il embarque au Havre, avec son ami Nicolas de Gunzburg, sur le luxueux paquebot « Ile de France » qui va les emporter, en six jours, à New-York.

Ces six jours valent bien la peine qu’on s’y attarde, ils sont comme une capsule dans le temps, avant et après, la vie de Fulco di Verdura ne sera plus la même.

L’Ile de France est un des paquebots de la Compagnie Générale Transatlantique, le second construit après la première guerre mondiale, inauguré en 1927, il marque une complète rupture avec les anciens paquebots : comme eux, il est luxueusement décoré, mais dans un esprit Art Déco, moderne, qui tranche avec les décorations « à l’ancienne » qu’on prisait avant.

Ni le plus grand ni le plus rapide, il était le plus beau des paquebots de la CGT, et celui dont la cuisine était la plus renommée.

Nos deux aristocrates « ruinés » voyagent en première classe.

Photo d'une suite du paquebot ile de france

Le salon d’une suite de première classe

Si c’est la première fois que Fulco traverse l’Atlantique, Nicolas de Gunzburg a déjà fait le trajet, plusieurs fois, pour les intérêts de sa famille, sans doute.

Ce court montage vidéo donne une bonne idée de l’ambiance à bord. J’apprécie tout particulièrement la danse sur le pont, où des messieurs en shorts et en costume de ville se mélangent ! (à 2m 24)

 

Sur la liste des passagers de première classe on trouve un milliardaire américaine, Jefferson Davis Cohn, qui rentrait sans doute de ses haras normands, Antonino Maimone, un diamantaire italien, et Edouardo Camille Heusch, qui inventa la stimulation des huitres perlières et commença à démocratiser les perles.

Broche Caniche de Fulco di Verdura

Broche Caniche, diamants, émail rouge et onyx

Un autre jeune homme est à bord de ce bateau, dont le nom ne vous dit sans doute rien, Donald Willing. Ce dernier va gérer le Café de Paris, à Londres, et l’hôtel Georges Washington, à New-York. Deux hauts lieux de la « Cafe Society » et du monde artistique de l’entre-deux-guerres, que fréquenteront avec assiduité les clientes de Verdura, comme Marlène Dietrich ou Tallulah Bankhead.

Quand ils arrivent à New-York, les deux amis descendent au Waldorf Astoria, qui venait d’être reconstruit, un immense gratte-ciel art déco de 47 étages, juste à côté de Park Avenue, à quelques blocs de la future boutique de Fulco di Verdura. Et si le nom vous dit quelque chose, oui, vous avez raison, le Waldorf Astoria avait été construit par la famille Astor, en particulier par le père de Vincent Astor. Si le New York de la haute société est finalement un tout petit monde, ce n’est pas celui de Fulco, c’est d’ailleurs une des choses qu’il apprécie le plus :

Je n’avais pas de passé ici, je n’avais pas besoin de dire « mon Dieu, Venise n’est plus ce qu’elle était ! »

En répondant à l’appel de Cole Porter, Verdura et Gunzburg ont fait plus que se mettre à l’abri d’une Europe au bord de la guerre. Ils se sont libérés d’un monde en disparition. Au lieu de « tout changer pour que rien ne change » (comme le dit le Guépard), au lieu d’assister, tout simplement, impuissant, à la disparition définitive du monde de son enfance, Fulco di Verdura se trouve libre d’être lui-même, sans se renier.

Broche en forme de pomme de pin

Broche « Pomme de Pin » en or et diamants

Il restera jusqu’au bout un duc italien (ne demandant jamais la naturalisation), il restera avant tout un homme de la bonne société, fréquentant aristocrates et célébrités, mais il n’est plus « le chef de la maison Verdura ».

Evidemment, on risque, à écrire l’histoire a posteriori, de totalement se tromper. D’imaginer de la clairvoyance là où il n’y avait qu’occasion, attirance pour une vie au soleil et réseau d’amitiés.

Mais les faits sont là : en partant aux Etats-Unis dès 1934, Fulco di Verdura, l’aristocrate italien et Nicolas de Gunzburg, l’aristocrate balte aux origines juives se sont miraculeusement protégés des tragédies européennes. Ils ont pu faire leur place et créer leur nouvelle vie sans la lourde urgence que connaissent les réfugiés, sans pression économique, sans voir leur biens confisqués.

Il est symbolique que Fulco di Verdura ouvre sa boutique New-Yorkaise le jour même où Hitler envahit la Pologne et démarre la seconde guerre mondiale.

Mais avant la boutique New-Yorkaise, Fulco et Nicolas partent, comme convenu, « à la conquête de l’Ouest », rejoindre Cole Porter à Hollywood.

Séjour que je vous raconterai dans le prochain article !

Vue du poinçon de Verdura

La marque professionnelle de Verdura

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2 Commentaires

  1. Picture of woman with Cole Porter is NOT LINDA this is a mature aged Natalia Pailey-Wilson

    • You’re right, correction made, thanks !

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