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Des bijoux, des parures et des joyaux

Le Koh-I-Nor et les bijoux du Taj Mahal

Le Koh-I-Nor et les bijoux du Taj Mahal

En choisissant le portrait de Mumtaz Mahal qui illustre l’article sur la publicité Shalimar, j’avais bien remarqué qu’elle et son mari étaient parés de somptueux bijoux. Une petite recherche me confirma que Shah Jahan, constructeur du Taj Mahal et Empereur Moghol des Indes était un amoureux des bijoux, et que sa richesse fantastique lui permettait de céder à cette passion. En fait, la richesse de la Begum, la femme du shah, était incomparable. Et le shah lui même portait de nombreux bijoux d’exception, à commencer par un diamant mythique, le Koh-I-Nor. 

Cette pierre légendaire a reçu son nom en référence à sa taille. En effet, en persan, Koh I Nor veut dire « montagne de lumière ». Le chroniqueur indien qui le mentionne pour la première fois explique, à la suite de calculs mystérieux, que sa valeur est égale à une demi-journée de production du monde entier !

Une apparition mystérieuse

Il est originaire de « quelque part » en Inde, à une date inconnue. Il fait sans doute partie des pierres qui ont été trouvées dans les entrailles de mines de Golconde, mais on n’en sait rien : la première mention faite du Koh I Nor remonte à la fin du XV° siècle, dans des chroniques historiques. Il appartient alors à un Maharadjah de l’Inde Centrale, Ibrahim Lodi, le Rajah de Malva.

De nombreuses histoires ont été racontées sur ses origines. On a dit, par exemple, qu’il avait été trouvé 5.000 ans auparavant dans les eaux du fleuve Godavari. Il est absolument impensable qu’un diamant aussi exceptionnel n’ait jamais été mentionné en 5.000 ans !

Le trône du Paon

Le trône du Paon

Certains pensent qu’il a changé de nom, et qu’il serait le Syamantaka mentionné dans un texte sanscrit ancien, mais cette unique mention n’est pas suffisante. Et surtout, le Syamantaka est un rubis ou un saphir de légende, qui appartient au Dieu Soleil. Rien, dans les textes, n’indique jamais la possibilité que ce soit un diamant.

Un diamant moghol originaire de Golconde

Il a plus vraisemblablement été trouvé dans la première moitié du XV° siècle, et dissimulé pendant quelques temps par son propriétaire, de peur des jalousies ou des vols. L’instabilité politique de l’époque, qui voit les dynasties mogholes arriver d’Afghanistan et s’installer en Inde explique que des archives aient disparues, et qu’on ne sache pas comment il était entre les mains de ce Maharadjah.

Mais les Moghols, justement, s’en emparent, il devient une des possessions les plus prisées de la dynastie du Trône du Paon dont il devient un ornement.

Eh oui… cette pierre qui faisait à l’époque 186 carats, n’était pas portée par le Shah, mais incrustée dans son trône. Un trône décoré de somptueuses plumes de paon, qui sont en elle-mêmes de bijoux.

Une histoire tumultueuse entre Inde, Perse et Afghanistan

Le Koh I Nor avec sa taille moderne

Le Koh I Nor aujourd’hui

Après être resté deux siècles entre les mains des empereurs moghols, le Koh-I-Nor va changer de propriétaire à leur chute, et en changer plusieurs fois, tant l’histoire de la région est violente, jusqu’à l’arrivée des anglais.

En 1739, les Persans pillent Delhi et Nadir Shah s’empare du diamant. C’est lui qui donne son nom à la pierre. Il n’en profite que huit ans, puisqu’il est assassiné en 1747. Un de ses anciens lieutenant, le futur Ahmad Shah Durrani offre ses armes, et non son coeur, à la veuve de Nadir Shah, qui le remerciera en lui offrant le Koh-I-Nor.

Ahmad Shah portant le Koh I Nor

Ahmad Shah portant le Koh I Nor

Moins de cinquante ans après, les petits fils d’Ahmad Shah se disputent âprement le trône de leur grand-père. C’est alors un véritable roman qui va s’étaler sur une vingtaine d’années, presque une histoire de Monte-Cristo.

Héritier n°1 (Zaman Shâh Durrani) qui a réussi à monter sur le trône, est renversé par héritier n°2, (Mahmud Shah Durrani), qui l’aveugle et l’emprisonne dans un cachot. Pendant tout son règne, il va chercher en vain le Koh-I-Nor. Règne de courte durée, puisque trois ans après, héritier n°3, (Shah Shuja Durrani), le renverse, et libère aussitôt héritier n°1 qui n’était plus héritier ni menaçant, à cause de son infirmité.

Pour le remercier, héritier n°1 révèle à n°3 qu’il avait, pendant tout ce temps, caché le Koh-I-Nor dans une anfractuosité du mur de son cachot.

Cinq ans après, alors qu’il s’est allié aux Britanniques pour contrer les vues de Napoléon des des russes sur l’Inde, il est renversé par héritier n°2, ravi de retrouver son trône.

Mais une fois de plus, héritier n°2 n’arrive pas à récupérer le Koh-I-Nor. En 1814, héritier n°3 le donnera à Ranjît Singh, un rajah sikh, en « remerciement forcé » pour son hospitalité.

Pour la petite histoire, héritier n°3 retrouvera brièvement son trône, mais pas le Koh-I-Nor en 1839, avant de renoncer définitivement à toute prétention, du fait de son assassinat quatre ans après.

On disait du Koh-I-Nor, à cause de sa magnificence, que celui qui le possédait régnait sur le monde. En tout état de cause, cette pierre était un symbole de pouvoir. Mais héritier n°2 ne l’aura jamais eue en sa possession, alors qu’il est celui des trois qui a régné le plus longtemps !

Les Britanniques volent le Koh-I-Nor

Le Koh I Nor avec sa taille d'origine

Le Koh I Nor avec sa taille d’origine

En 1849, le fil de Ranjît Singh perd son trône et son royaume. Il faut dire qu’il n’avait que onze ans, ce qui est un peu jeune pour résister aux armées d’une des plus grandes puissances coloniales.

Les anglais font aussi main basse sur les richesses du royaume. Le Koh-I-Nor va être offert à la Reine Victoria le 3 juillet 1850, alors qu’on célèbre le deux-cent-cinquantième anniversaire de la Compagnie des Indes Orientales, bras commercial et avant-poste de la colonisation anglaise. Il va être intégré aux bijoux de la couronne anglaise, et ne quittera plus jamais le trésor royal, malgré des demandes répétées de restitution.

Son envoi en Angleterre est fait dans le plus grand secret. Comme pour le Cullinan, il est essentiel que personne ne puisse profiter de l’occasion pour le voler.

Un Joyau de la Couronne

Il est exposé en 1851 au Crystal Palace.

Les anglais sont déçus. Taillé à l’indienne, c’est à dire en privilégiant le volume de la pierre à sa brillance, avec une base plate (en « table »), il a en effet peu d’éclat par rapport à d’autres pierres de moindre valeur, mais taillées de façon moderne.

De plus, Lord Dalhousie, qui avait organisé son transfert des Indes le trouvait mal mis en valeur :

Le Koh-I-Nor est mal coupé (…) mais il n’aurait pas du être exposé dans un si grand espace. Dans le palais Toshakam à Lahore, le Dr. Login avait l’habitude de le montrer sur une table couverte par un velours noir, il était mis en valeur par cette couleur sombre.

En Angleterre, le Koh-I-Nor est présenté monté, sur une sorte de bracelet, avec deux autres diamants plus petits. Surtout, pour des raisons de sécurité, il est à l’intérieur d’une cage.

La monture originale du Koh I Nor

La monture originale du Koh I Nor

Une nouvelle taille lui fait perdre plus de 40% de son poids

Après beaucoup de réflexion, il est décidé de le retailler, pour le mettre au goût anglais. Il perd 81 carats dans l’opération, mais gagne incontestablement en transparence, en éclat et en brillance.

Néanmoins, l’opération est énormément critiquée. Le Prince Albert lui-même, le mari de la reine Victoria, exprima son déplaisir. Les critiques portèrent essentiellement sur le choix de la forme ovale, qui impliquait le retaillage le plus important, par rapport à une forme en goutte.

Mais on n’y peut plus rien changer, et le diamant est monté sur une tiare, que Victoria portera régulièrement.

Sans que l’on sache réellement pourquoi, la reine Victoria précise dans son testament qu’il ne peut être porté que par des femmes.

Il est intégré à la couronne de la reine Mary, puis en 1936, il est transféré sur la couronne qu’Elisabeth II porte lors de son couronnement. Il orne la Croix de Malte qui surmonte la couronne.

La couronne d'Angleterre, ornée du Koh I Nor

La couronne d’Angleterre, ornée du Koh I Nor

Les autres bijoux de Shah Jahan

Détail du collier du Taj Mahal de Cartier

Le pendentif de jade qui enchâsse le diamant du Taj Mahal

Ce Maharadjah richissime possédait bien sûr de nombreux autres joyaux. A commencer par un diamant en forme de coeur, avec une taille en table, monté dans pendentif de jade, que Richard Burton offrit à Elisabeth Taylor pour son quarantième anniversaire. Le pendentif était accroché à une cordelette précieuse que la star fit remplacer par un collier d’or et de rubis réalisé par Cartier. Le collier imite la cordelette, d’ailleurs.

Le diamant est orné d’une inscription persane en caractères arabes, qui indique le nom de la princesse Nur Jahan Begum Padshah et la date de 1037, qui correspond à l’année 1627 / 1628. Nur Jahan était l’épouse favorite de Jahangir Shah, le père de Shah Jahan.

Le règne de Shah Jahan commence mal pour Nur Jahan : dans la grande tradition des successions orientales, Shah Jahan commence par éliminer tous les autres prétendants, et mettre aux arrêts sa belle-mère, qui avait soutenu un plus jeune fils dans ses prétentions au trône.

Le collier du Taj Mahal, fait par Cartier pour Elisabeth Taylor

Le collier du Taj Mahal, fait par Cartier pour Elisabeth Taylor

Néanmoins, l’empereur, une fois son pouvoir affermi, se réconcilie avec sa belle mère qui vivra encore près de vingt ans dans son palais de Lahore, recevant une généreuse pension de Shah Jahan.

C’est peut-être pour obtenir cette réconciliation que Nur Jahan offrit son diamant à Mumtaz Mahal, la femme bienaimée de Shah Jahan ?

A la fin de l’année 2011, le collier du Taj Mahal a été vendu par Christie’s à New-York, avec d’autres bijoux d’Elisabeth Taylor, pour plus de six millions cinq cent mille euros (pour une estimation initiale de deux cent vingt à trois cent quatre vingt mille euros).

Ce diamant là n’avait pas été retaillé… et si il est vrai qu’il est moins brillant que le Koh I Nor, sa beauté brute et cette inscription qui témoigne d’un amour romantique au milieu des alliances politiques est terriblement émouvante.

 

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