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Des bijoux, des parures et des joyaux

Le Mont Fuji en précieux bijoux

Le Mont Fuji en précieux bijoux

Le Mont Fuji est un des lieux les plus symboliques du Japon. Sa silhouette exceptionnellement symétrique est connue de tous les japonais, même des Occidentaux, identifiable d’un seul coup d’oeil. Même si vous ne savez pas que c’est le Mont Fuji, vous l’avez déjà vu… 

Il est aussi représenté dans l’art japonais qu’une Tour Eiffel qui aurait existé dès le Moyen-Âge. La première représentation connue en estampe date du XI° siècle, en attendant d’en retrouver de plus anciennes.

Estampes, lithographie, peintures, laques…. En particulier, au XIX° siècle, Hokusaï publiera deux séries, 36 vues du Mont Fuji, puis 100 vues du Mont Fuji. La célébrissime « Grande Vague » en fait partie, avec un Mont Fuji dans le fond, à la fois tout petit derrière le déchaînement de l’océan, et fort par sa présence.

Estampe japonaise

La Grande Vague de Kanagawa, par Hokusaï. Au fond le Mont Fuji

Garde de takana (Tsuba) représentant le Mont Fuji

Garde de takana (Tsuba) avec le Mont Fuji

Non, rassurez-vous, je ne vais pas transformer GrosBijoux en un site sur la culture japonaise.

Mais je vous raconte tout cela parce que j’ai été frappée par l’absence quasi-totale du Mont Fuji dans la joaillerie orientale, en particulier japonaise.

A l’exception de motifs sur les tsuba (les gardes des sabres japonais), qu’on peut, en tirant un peu, rattacher à la bijouterie par l’art du métal, et en dehors d’une « chose » qui est presque le summum du mauvais goût, que je vous montrerai à la fin de l’article, à titre purement exceptionnel, je n’ai trouvé aucun bijou réellement japonais représentant Fujisan.

(Bien entendu, je parle de véritables créations joaillères, pas de « souvenirs », émaux et autres fantaisies).

Peut-être parce que le Mont Fuji a été interdit aux femmes jusqu’à la fin du XIX°, et qu’ensuite, l’habitude était prise ?

Japonaise avec des fleurs artificielles dans les cheveux

Ornement traditionnel de coiffure

Surtout parce qu’à l’exception de très jolies bagues, très fines, les femmes japonaises ne portent, dans le costume traditionnel, pratiquement pas de bijoux, peu compatibles avec le kimono traditionnel.

Leur parure est dans leur coiffure, et elle est surtout florale, reprenant le motif des cerisiers ou des saules qui viennent de fleurir. Les japonais ont une passion pour l’éclosion des cerisiers..

C’est ravissant, mais ce n’est pas Fujisan. Les peignes, généralement laqués, parfois en nacre incrustée, présentent le même type de motifs floraux.

Les représentations du Mont Fuji en joaillerie sont toutes le fait de bijoutiers européens, revisitant Fujisan avec un orientalisme plus ou moins marqué.

Van Cleef, le premier ?

La première représentation possible du Mont Fuji, je la trouve dans cette broche Art Déco de Van Cleef qui date de 1924. Et encore, c’est parce que je la cherche. On est devant un paysage japonais iconique, avec une montagne qui est un peu pointue, un peu blanche en haut et un peu symétrique. Personne ne peut démontrer que ce n’est pas le mont Fuji et vous conviendrez avec moi que la ressemblance est frappante !

Broche diamants saphirs et rubis représentant un pavillon japonais dans un paysage de montagne.

La broche Art Déco de Van Cleef, sur une estampe japonaise représentant le Mont Fuji

Cette broche, faite de saphirs, de rubis, d’émeraudes, de diamants et d’onyx a été vendue 296.000 dollars par Sotheby’s à la fin 2006.

Van Cleef deviendra mauresque avec son iconique collection Alhambra, égyptien avec ses bijoux « revival », indien, mais il continuera à parsemer, discrètement, dans ses collections, des pièces extrêmes-orientales. Kimiko vous avait déjà montré sa bague Lotus, j’ai d’autres très belles créations, qui marient les esthétiques avec bonheur, en réserve. Et j’ai mis sur mon profil Facebook son chrysanthème !

Bulgari et la broche au Mont Fuji

Il faudra attendre presque 50 ans, l’année 1971, pour voir une deuxième représentation du Mont Fuji, cette fois-ci par Bulgari.

Cette broche en or, platine, émail, nacre et diamants est exceptionnelle. Si Bulgari parle à mon coeur amoureux des bijoux d’Orient, c’est par ses pierres polies en perles, ses colliers plastrons imposants qui rappellent le faste des nababs. Bulgari est indien de coeur, beaucoup plus qu’extrême-orientaliste. D’ailleurs cette broche sera unique. Sa facture est très particulière, je vous conseille de cliquer sur la photo pour la voir en plus grand.

Un arbre en relief se détache sur un paysage japonais.

Broche représentant le Mont Fuji par Bulgari.
Photo © Antonio Barrella Studio Orizzonte à Rome

L’arbre, en or avec ses fleurs émaillées, tout d’abord, est remarquable. Il évoque les bonsaïs, ce qui m’impressionne, c’est d’arriver à donner cette profondeur et ce niveau de détail sur une si petite surface.

Il se détache parfaitement sur un ciel en nacre, et sur ce ciel on voit la silhouette du Fuji, un pavé de diamants qui respecte la couleur blanche du mont sous la neige. En bas de la broche, un sol stylisé avec de l’émail cloisonné dans de l’or, aux couleurs douces et terriennes. On devine le côté de la broche, délicatement ouvragé.

Cela reprend d’ailleurs exactement les formes et les couleurs de la gravure sur bois japonaise traditionnelle :

Gravure d'une plaque pour une estampe du Mont Fuji.  © Nikosan

Gravure d’une plaque pour une estampe du Mont Fuji.
© Nikosan

Comme dans la gravure d’Hokusaï, le Mont Fuji ne semble pas être le sujet principal, mais on hésite, l’oeil va de l’arbre et ses jolies fleurs aux corolles relevées d’or vers les diamants, revient…

Marina B et le Fujiyama

On retrouve le Fujiyama chez Marina B. , la petite fille de Sotto Bulgari. J’avoue avoir hésité à intégrer cette très belle parure dans l’article, car on n’y voit pas le Mont Fuji.

Simplement les fleurs de cerisier, qui se détachent en saphirs oranges sur un fond d’émail noir. Mais le nom de la parure m’imposait de la montrer… et je la trouve très belle.

Bracelet et boucles d'oreilles en émail noir, diamants et saphirs oranges.

Bracelet et boucles d’oreilles « Fujiyama » par Marina B. sur fond de boite à masques Nô en laque japonaise.

Il ne s’agit plus d’une interprétation comme chez Van Cleef ou Bulgari. Le bijou reprend tous les codes de l’esthétique japonisante, le fond sombre et luisant des laques, relevées par les éclats d’or auxquels Marina l’occidentale a rajouté les saphirs oranges et les diamants. Si vous n’avez pas lu L’Eloge de l’Ombre, de Tanizaki, c’est le moment !

Garaude et Hokusai

De la même façon, j’ai beaucoup hésité à ajouter ma dernière bijoutière, Françoise Garaude, avec sa collection Hokusaï. En effet, ses bijoux, en titane et diamant, ne reprennent que la Grande Vague de Kanagawana. Mais finalement, ce mont Fuji invisible dont nous savons tous qu’il se trouve là, juste derrière ces masses d’eau, est très zen, très japonais… et donc très à sa place ici.

Une série de bijoux représentant la vague d'Hokusai

Pendentifs, bagues et boucles d’oreilles en titane de différentes couleurs, avec des diamants : c’est « Hokusaï » par Garaude

Ginza Tanaka

Mais pour finir, voici l’horreur promise, une sorte de gag comme on ne vous en montre normalement jamais ici.

Le mont Fuji en or dans une vitrine

Mont Fuji en or pur, par Ginza Tanala, à l’occasion du classement du Fujiyama au patrimoine mondial de l’Humanité

De premier abord, cette « chose », cette représentation du Mont Fuji, ces trois kilos d’or pur fondus par le marchand d’or japonais Ginza Tanaka ne sont pas particulièrement innovateurs, créatifs, mais ne sont pas affreux. Ils ont juste la laideur du mauvais goût bling-bling, de l’étalement de la richesse pour le plaisir du record…

Père Noël ou nain de jardin ?

Père Noël ou nain de jardin ?

Quand on commence à les mettre dans leur contexte, ça se gâte. En effet, dans le cadre de ses opérations de relations publiques, la firme japonaises a aussi réalisé un pied de Lionel Messi, on s’éloigne de plus en plus de l’artisanat d’art. Un Père Noël en or, qui me rappelle plus un nain de jardin…

Et on finit par « ça » : un siège de WC totalement recouvert de cristaux Swarovski, soixante-douze mille cristaux incrustés sur toute la surface, pour faire la promotion des toilettes « intelligentes » Inax, de la firme Satis, qui se pilotent par une application Iphone.  Qui a dit que l’argent n’avait pas d’odeur ?

Les toilettes bling blog de Satis par Ginza Tanaka

Des WC intelligents, totalement recouverts de cristaux Swarovski

En termes de relations publiques, ça marche, mais je me demande si quelqu’un achètera réellement cette « chose » ? Elle coûte plus de 100.000 €, alors que la version de base – facilement piratable – coûte déjà 3.500 €.

En tout cas, personnellement, je préfère les cerisiers en fleurs sur les pentes du Mont Fuji… Et si vous connaissez d’autres bijoux précieux qui représente Fujisan, n’hésitez pas à me les signaler en commentaires !

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Un commentaire

  1. En effet, la vague Hokusai a été représenté dans une collection haute joaillerie Boucheron « Rêve d’ailleurs » qui a été présenté à la biennale en 2014.

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