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Des bijoux, des parures et des joyaux

Histoire de la bague de fiançailles, entre marketing et incertitude

Histoire de la bague de fiançailles, entre marketing et incertitude

Vous l’avez certainement déjà lu quelque part, sur un des nombreux sites de bijoutiers vendant des bagues de fiançailles : les premières bagues de fiançailles sont apparues dans la Rome antique, elles se portaient au quatrième doigt de la main gauche à cause de la Vena Amoris, la veine de l’amour inventée par les égyptiens, Agnès Sorel a été la première femme à porter des diamants, à partir de là l’usage s’en est répandu et rien ne fera plus plaisir à votre élue qu’un beau solitaire qui coûte environ deux mois de salaire, avec un lien vers une page qui vend de très belles bagues.

Eh bien rien de tout ça n’est vrai, ou en tout cas prouvé. Comme les « pierres de naissance » et beaucoup d’autres usages, cette histoire de la bague de fiançailles relève nettement plus du marketing de l’industrie joaillère que de la réalité historique, même si elle emprunte, par-ci par-là des choses vraies.

Et l’efficacité de ce marketing est impressionnante. Il suffit de regarder les films américains du genre « comédie sentimentale » ou même de comparer dans l’actualité people, les différentes bagues de fiançailles, pour s’en rendre compte. Aujourd’hui, la tradition de la bague de fiançailles et de l’échange des alliances s’est répandue dans le monde à peu près aussi sûrement que le Coca-Cola, alors qu’elle est, fondamentalement, chrétienne, et même « chrétienne occidentale« .

Envie de connaître la véritable histoire de la bague de fiançailles ? Prête à voir certains mythes être sacrifiés sur l’autel de la vérité historique ? Et de découvrir d’autres histoires, moins focalisées sur la bague solitaire en diamant, mais plus émouvantes ? Allons-y !

Avant l’histoire

En ce qui concerne la préhistoire, la seule façon de savoir ce que faisaient les gens, c’est d’analyser les tombes et les restes des lieux d’habitation. Impossible alors de savoir si une bague est de fiançailles ou pas. Mais, si on se base sur ce qu’on connaît aujourd’hui (les sociétés comme celles des Aborigènes, des Bushmens, des indiens de la forêt amazonienne), aucun rituel ne semblait impliquer le cadeau d’une bague, et on ne voit pas de bague sur les rares représentations humaines qui nous sont parvenues.

Amortissement de perles préhistoriques en coquillage

La plus ancienne parure a été trouvée au Maroc, dans la grotte de Taforalt

La fabrication des bijoux modernes demande de maîtriser l’art de la métallurgie. Faire une bague de pierre assez fine pour être portée sans problème et assez solide pour ne pas se casser avec la technique de la taille préhistorique est mission impossible.

Les plus anciens bijoux du monde ont 84.000 ans ! Perles et pendentifs de coquillage, d’os ont été retrouvés. Aucune bague. Il y avait peut-être des anneaux tressés avec des fibres végétales ou taillés dans du bois, mais aucune trace n’en a été trouvée jusqu’à maintenant.

Mensonge n° 1 : la « Vena Amoris » a été inventée par les égyptiens

Vue de face et détail de dos de la statue de l'inspecteur des scribes et sa femme

Merseankh, la femme de Raherka, ne porte pas de bague, ni à la main droite ni à la main gauche.

Les toutes premières bagues que nous connaissons dans notre univers « méditerranéen et européen » sont celles qui apparaissent en Egypte ancienne. D’ailleurs, certaines traditions attribuent l’invention de la « Vena Amoris » aux Égyptiens.

C’est le mensonge numéro 1.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que les égyptiens, même s’ils étaient de très bons médecins, qu’ils nous ont laissé les premiers livres de médecine occidentale, ne connaissaient pas la circulation sanguine. Désolée du détail un peu gore, mais ils ne disséquaient pas les cadavres. Ils ne faisaient pas la différence entre les veines et les nerfs, croyaient que le coeur pouvait bouger de l’estomac à la gorge. Alors impossible de croire un seul instant qu’ils avaient identifié une veine spécifique, dans un doigt, qui aurait été liée au coeur.

Ensuite parce que le coeur, pour les égyptiens, n’était pas le siège de l’amour, il était le siège de la totalité de la pensée et des émotions.

Oui, les égyptiens portaient des bagues, leurs momies en avaient. Non, ces bagues n’avaient aucun lien spécifique avec l’amour.

La meilleure preuve ? Pas de trace de bague sur les statues de couples !

Mensonge n°2 : les romains connaissaient la bague de fiançailles

Bague antique issue du trésor d'Aigina

Bague égéenne incrustée de lapis-lazuli, représentant un noeud d’Héraklès

Ce n’est qu’un demi-mensonge, mais il est présenté de façon faussement romantique.

Les « fiançailles », qui s’appellent « sponsalia » sont une cérémonie assez tardive, qui date sans doute des débuts de l’Empire. Augute, l’empereur de 27 « Avant JC » à 14a édicté des lois sur ses sponsalias. Les fameuses fiançailles n’ont aucun caractère obligatoire. Elles permettent de matérialiser un engagement entre deux familles, et de le faire avant l’âge légal du mariage, qui était de douze ans pour une fillette.

Pour appuyer cette tradition recréée des fiançailles, on cite beaucoup Aulu-Gelle et les Nuits Attiques. Mon conseil de pinailleuse : méfiez-vous toujours quand une citation n’est pas précise ! Aulu-Gelle ne décrit pas du tout une cérémonie où les fiancés échangent leur consentement en public et où la fiancée reçoit une bague.

Pendentif en or et corail

Un pendentif en or et corail recrée le motif du noeud gordien

Par contre, et c’est très dommage, tous ces textes passent presque totalement sous silence un rituel qui lui, a laissé des traces réelles et historiques : le marié dénouait la ceinture de son épouse, le soir des noces. Cela rejoint la symbolique du noeud d’Héracles, dont la force devait rendre l’union indestructible. Or, ce noeud d’Héraclès, on le retrouve sur de nombreux bijoux, anciens ou modernes, comme, par exemple, ce très beau pendentif d’Ilias Lalaounis.

Donc, pour résumer, dans certains cas ( sans doute moins d’une union sur cinq), on pouvait célébrer des fiançailles, qui étaient un contrat privé donnant lieu à un échange d’arrhes, matérialisées sous forme d’argent ou de bijoux. Et comme le mariage est une union sociale, pas une histoire d’amour, le fait d’éventuellement porter une bague à la main gauche ….

 

Mensonge n°3 : la bague de fiançailles se porte au doigt gauche à cause de la « Vena Amoris »

Ce qui nous amène donc à notre plus gros mensonge, cette idée curieuse que la bague de fiançailles se porte à l’annulaire de la main gauche à cause d’une veine reliant directement ce doigt au coeur, siège de l’amour.

A la décharge de mes confrères blogueurs et des marketeux de l’industrie bijoutière, ce mensonge-là date de très longtemps, il a eu largement le temps de s’ancrer dans notre inconscient collectif.

On trouverait quelques vagues références tardives dans des textes du Bas-Empire (c’est-à-dire datant de l’époque où les romains étaient bien christianisés, et où toutes les institutions païennes avaient disparu) et même au « vrai » Moyen-Âge, où le latin était encore la langue universelle, d’un « lien » entre la main gauche et le coeur. Ce sont des on-dits très tardifs, à une époque où on raconte aussi la vie de saints qui transportent spontanément des statues de la Vierge Marie ayant envie de changer d’église…

Deux mains ornées de bagues à l'annulaire et à l'index

Dans un portrait de Hans Memling, la femme porte beaucoup de bagues

C’est un homme de loi anglais, qui vivait au XVI° siècle, Henry Swinburne, qui mentionne pour la première fois, de façon certaine, la « Vena Amoris ». Et cela un siècle et demi après qu’un autre anglais, Chaucer, va « inventer » la Saint Valentin moderne.

En fait, pendant très longtemps, on va porter sa ou ses bagues à la main droite, à la main gauche, à tous les doigts et à toutes les phalanges. Encore aujourd’hui dans de nombreux pays, bagues de fiançailles et alliances se portent à la main droite, au total mépris de cette fameuse veine de l’amour…

Mensonge n°4 : le diamant est le symbole de l’amour inaltérable depuis Agnès Sorel et Marie de Bourgogne

Le beau sancy monté en pendantif

Le beau Sancy monté en pendentif

Agnès Sorel, c’est la maîtresse du roi Charles VII, qui naît au début du XV° siècle et qui va, à vingt ans, devenir la maîtresse d’un roi de vingt ans de plus qu’elle (à l’époque où les soins dentaires n’étaient pas au niveau d’aujourd’hui, cela compte beaucoup). C’est un peu une Kim Kardashian de l’époque, elle se découvre, se maquille, s’habille somptueusement, fait scandale, et se fait offrir de très nombreux bijoux, dont des perles. Une année, on rapporte que le roi lui offre pour vingt six mille écus de bijoux (sans doute l’équivalent d’un Penthouse de trois cent mètres carrés avec vue sur Central Park), dont des diamants taillés et qu’elle est la première à les porter dans ses cheveux.

Portrait de Marie de Bourgogne par Niklas Reiser

Marie de Bourgogne, épouse de Maximilien de Habsbourg : un gros rubis et des perles

Il y a plusieurs mots importants : « taillés », « porter dans les cheveux ». Car les diamants étaient bien connus à l’époque. Ce qui change, je vous l’ai raconté dans l’histoire du Beau Sancy, c’est qu’on commence à les tailler, au lieu de les laisser dans leur forme originelle, comme le faisaient les Hindous. Le commerce des diamants de Golconde avait commencé dès l’Antiquité, il s’était un peu ralenti avec la conquête islamique, mais il se faisait toujours, notamment le long des routes de la Soie.

Pierre extrêmement précieuse, utilisée comme anti-poison, elle est réservée aux souverains mâles, comme autrefois la pourpre aux Empereurs Romains. Et c’est un autre Empereur, Maximilien I°, qui offre, pour la première fois un diamant à une femme, effectivement, en cadeau de mariage. Mais pas n’importe quelle femme ! Marie de Bourgogne est justement la fille de Charles le Téméraire, l’ancien propriétaire du Beau Sancy. C’est l’héritière la plus riche d’Europe, la Liliane Bettencourt à vingt ans de l’époque. Il fallait l’impressionner… Le diamant, ici, n’est pas un symbole d’amour. C’est un symbole de puissance et de royauté.

Mensonge n°5 : une bague de fiançailles doit coûter deux mois de salaire

La bague de fiançailles, qui s’est généralisée au XIX° siècle, est longtemps restée relativement modeste. Il suffit de voir la bague de la reine Victoria… (une très jolie bague « toi et moi », d’ailleurs). Elle est un élément parmi d’autres de la dot, qui se compose aussi de choses utiles, quand on n’est pas très riche, ou de terres, pour les rentes, quand on peut se permettre de ne pas travailler.

D’ailleurs, Ces deux mois de salaire, qui se rajoutent aux autres frais des fiançailles et du mariage, représentent une somme importante, qui pourrait bien être investie autrement.

Avant tout, une bague de fiançailles doit vous plaire. Si, comme les américaines, vous avez envie d’une très belle « E-ring », un solitaire d’un blanc très pur, pourquoi pas ? Mais aujourd’hui, les bijoutiers explorent de nouvelles voies, de nouvelles formes, utilisent des pierres autrefois méprisées. Votre histoire d’amour est originale, pourquoi votre bague ne le serait-elle pas ?

Alors, dans ces trois bagues de fiançailles, laquelle est votre préférée ?

Diamants, or et saphirs

Trois styles pour trois bagues de fiançailles (Bez Ambar, Pasquale Bruni et un bijoutier anonyme)

Et pourquoi ? N’hésitez pas à répondre dans les commentaires !

 

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